X ALPINE 2-MiNi

Quand on court un ULTRA, on sait par avance que, sur une si longue distance comportant un si grand dénivelé (en l’occurrence 120 kms et près de 9000 m D+ pour la Verbier), de multiples obstacles se dresseront sur notre chemin… On le sait... C’est inévitable… Ces obstacles - fatigue, douleurs, doutes, interrogations, lassitude, faim, froid, soif, démotivation ... - vont tester notre physique et notre détermination, notre corps et notre mental. Ils vont mettre à mal notre soi-disante indéfectible volonté d’aller au bout, allant jusqu’à faire miroiter dans nos cerveaux épuisés la libératrice idée de l’abandon avec ses pernicieuses images de chaises-longues et d’hamburgers géants !…

L’ULTRA de Verbier n’a pas échappé à cette règle immuable.

Pourtant, tout allait à peu près bien jusqu’à Saleina. Je gérai tant bien que mal même si le mental était bien moins vaillant qu’à l’accoutumée. J’avançais péniblement tel le pauvre vagabond des cimes ; le redoutable ultra-runner de la ligne de départ avait disparu de la circulation depuis longtemps…

Je n’étais plus trop loin de La Fouly ; 7 ou 8 kilomètres. Là-bas, j’étais certain de retrouver Cathy, mon assistante émérite. Là-bas, j’étais sûr aussi de m’octroyer une longue pause, une récupération indispensable. 30 minutes minimum. Manger, m’assoir, boire, discuter, me changer, me reposer… Oui, du repos… Voilà ce qu’il me fallait !... A la Fouly, j’aurai accompli 50 kms. Presque la moitié…  La moitié, c’est bien mais cela veut dire aussi qu’il en reste autant à faire… Eternel dilemme du verre à moitié-plein et du verre à moitié-vide.

Fallait-il que je me réjouisse ou que je m’écroule ?...

Arrivé à La Fouly, j’étais au bout du rouleau, épuisé, la tête vide, l’envie de courir inexistante… Devais-je continuer ou m’arrêter là ?...

Deux séjours au Népal m’avaient inculqués l’impermanence des choses. Ils m’avaient appris, nombreuses preuves à l’appui, que les choses ne sont jamais figées, qu’elles changent.

Requinqué par un gargantuesque ravitaillement, je décidais quand même de repartir de La Fouly et de poursuivre, au moins, jusqu’au Grand St Bernard. Et là, au fil des foulées, je sentis la forme revenir. Comme par magie. Une énergie venue de je ne sais où m’habitait de nouveau ! Alors que quelques kilomètres avant, j’agonisais… Ahurissant!...

DP2

Je connaissais l’existence de l’impermanence. Il fallait maintenant que je sois convaincu, dans les moments difficiles, de son incroyable sorcellerie…

Un ami Népalais, Pemba (le frère de Dawa Sherpa) m’avait fait part un jour, au cours du Solu Khumbu Trail, de ce mantra bouddhiste qui dit « Du vent, tu prendras la vitesse ; du soleil, la chaleur, de la terre, la force, de l’eau la souplesse… et, ainsi, tu partiras parcourir le Monde sans crainte… »

Grâce à ça, j’allais pouvoir déjà parcourir le TVSB jusqu’à la ligne d’arrivée...