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Ceux qui croyaient que j’avais abandonné mes runnings se sont trompés. 

Ce début 2017 a été, il est vrai, quelque peu chaotique pour moi. Une fracture du talon le 31 décembre après une mauvaise réception en parapente suivie d’un changement radical de travail, ont fait que j’ai eu pas mal d’autres chats à fouetter. Et pendant qu’on fouette des chats, on est moins disponible pour courir !... Du coup, cet hiver quasiment pas de skating (juste 2 ou 3 sorties fin mars, début avril) et privé de trail pendant deux mois fermes.

A contre cœur, j’ai dû annuler mon inscription au LAVAREDO ULTRA TRAIL. Je me faisais une joie d’aller courir cette magnifique course qui traverse les Dolomites mais il me fallait raison garder et, pour une fois, faire preuve de sagesse : jamais je n’aurai pu être prêt à temps pour affronter les reliefs italiens… si beaux soient-ils !...

Physique réduit au néant, souffle court et moral dans mes chaussettes Five-fingers, j’ai, petit à petit, repris le chemin des sentiers autour de la maison avec mes fidèles sparring-partners (Cathy, Captain Cavern et Dawa).

Pour déjouer le sort, je m’inscris  au Trail de Mimet : 44 kms et 2800 D+.

Voilà un format qui devrait me dire où j’en suis. Une espèce de test grandeur nature.

J’avais déjà couru le 26 kms de Mimet, mais c’était en 2011. Là, sans autre objectif que celui de finir, je m’aligne sur le 44, celui que les organisateurs appellent l’ÉLITE.

7h. Le départ a lieu dans le centre du petit village provençal de Mimet. Faisant la queue aux toilettes, je le manque de peu.

Zéro stress, zéro fatigue, zéro enjeu. Je pars avec les derniers (ceux-là même qui faisaient la queue aux toilettes avec moi…)

On commence par monter à la Tête du Grand Puech. Puis transition au Col St Anne par un chemin de crête qui fait face à Marseille et aux îles du Frioul. Les jambes tournent bien et le souffle reste régulier.

Longue descente sur un single-track qui remonte sèchement au Pilon du Roi. Il ne fait ni chaud, ni froid. J’entends hurler mon prénom dans les pierriers. Je lève la tête et voit René qui s’est levé aux aurores pour venir m’encourager. Ça redouble mon énergie pour gravir cette côte sèche qui s’élève comme un mur devant moi.

Premier vrai ravitaillement au Pilon du Roi puis un long chemin, ponctué de montées et descentes, nous emmène en galère du côté de Siminane. Physiquement, je suis plutôt bien, je gère le rythme et ne me laisse pas tenter par quelques petites accélérations, surtout dans les descentes… Aux Martinons, je me fais doubler par un coureur en huaraches. Il vole littéralement sur le chemin (c’est en fait le deuxième ou le troisième du 24 kms…). Grande montée casse-les-pattes qui nous ramène au Col St Anne. Putain ! Ca grimpe !... Je double pas mal de coureurs qui font de longues pauses dans la sèche montée. Fidèle à la devise des Cadenel « je ralentis mais ne m’arrêtes pas ! ». Tout en haut, émergeant des buissons, je reconnais les têtes de Cathy et de ma mère. Petite pause qui donne du baume au cœur. Il commence à faire chaud. Je profite de mon assistance pour changer de tee-shirt et virer la dizaine de barres que j’ai en trop et qui pèse l’air de rien un âne mort.« La peur c’est du poids » me chuchote l’esprit de Jean-Christophe Rufin.

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Tout ça m’a bien revigoré et m’a fait oublier la rudesse de la dernière ascension. Je trottine allègrement jusqu’à Mimet. Belle pause au ravitaillement du village noyé d’une ambiance chaleureuse.

Je repars en direction du cimetière et là… Patatras… Rien ne va plus… Gros coup de bambou !... Je n’avance plus, je suis vidé, cassé,… Ce genre de truc te tombe dessus sans crier gare… Tu es bien et d’un seul coup tu es atomisé… Je connais ces moments – j’en rencontre dans chaque course – mais celui-là est plutôt violent. Je sais aussi que ces mauvais passages passent. Faut juste savoir être patient et ne pas se démoraliser. C’est là, l’avantage de l’expérience. Elle nous rappelle et nous enseigne la vie. A nous, en toute connaissance de cause, convaincus de leur réalité éphémère, d’adopter les bons comportements. Aussi, je ralentis, marche, je bois, je remange une barre, je discute avec d’autres coureurs, avec des spectateurs, avec des bénévoles… On nous promet des bières fraîches au sommet du Mont Julien…

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Je passe au niveau de Saint-Savournin, puis de Cadolive, courant quasiment seul dans la garrigue… Il commence à faire très chaud. Peu à peu, je sens que la fatigue s’éloigne et que le tonus revient. Je souris bêtement au ciel. Au ravitaillement liquide qui surplombe Cadolive, je bois 1 litre d’eau d’affilé et je remplis à ras-bord mes gourdes (1 de coca/eau, 1 de sirop à la menthe). Je discute longuement avec un coureur qui me fait pitié. C’est Antoine. Il est complètement carbonisé et m’avoue qu’il va arrêter là. Oh ! Putain !... Je tente de le remotiver, de l’haranguer. Je lui assure que « ça va aller mieux », j’essaie d’être au moins aussi convaincant qu’un vendeur de voitures d’occasion. Je lui rappelle qu’il y a des bières fraiches au sommet du Mont Julien… Antoine me regarde avec des yeux écarquillés, il est cuit... Je le laisse en lui intimant un dernier conseil : « Fais le bon choix, l'ami !... ».

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J’attaque la montée du Mon Julien d’un bon pas. Là-haut, bien sûr, pas de bières fraiches !... Juste quelques biquettes aucunement effrayées … Je dévale le vallon de la Guière à une allure soutenue. Je double pas mal de coureurs qui marchent ou font des pauses sous des pins secs, aussi secs qu’eux. A la Moure, le chemin s’élève brusquement ! C’est raide. Raide et désertique. Le soleil m’écrase et me coupe souffle et jambes. Je bois comme un trou. Il y a des passages où il faut mettre les mains. C'est quasiment de l'escalade. Des pauses s’imposent contre le calcaire brûlant. Je passe le fameux Rocher Rouge et profite de son ombre salvatrice.

Je rencontre là Samuel de Saint-Maximin qui se repose sous une arche. Nous repartons ensemble, parlant des divers trails que nous avons couru. Une large piste puis un chemin où même un lapin ne passerait pas nous conduit à la Tête du Grand Puech, celle-là même que nous avons passé au début. Descente technique et arrivée à Mimet…

P1120826 Le monkey de l'arrivée !

Un peu plus de 8h de course (8h07’) ; de bonnes sensations en général ; pas trop de douleurs au talon, ni aux fessiers. Je finis 109 ième sur 172 partants (16iéme de ma catégorie). C’est bon, le VIEUX n’est pas mort !...

Je me régale, à l’ombre des canisses, d’une bonne paella et… je vois passer Antoine qui termine, rincé mais le sourire aux lèvres !... Bravo à lui !...