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J + 3 /  KARAVOSTASI ( MAGNE - SUD DU PELOPONNÈSE)

Assis à l’ombre d’un tamaris, les jambes surélevées contre un muret, mon regard se noie dans  la baie de Liméni. La surface de la mer scintille de mille éclats. Elle est d’un bleu nacré, illuminé, moiré. Un bleu marbré de veinules roses. Un bleu unique. Un bleu 100% hellénique.  C’est la lumière du soleil – la fameuse fos tou iliou grecque – qui sublime les paysages en les bombardant de photons.

Je suis épuisé. Vidé. Je sens que j’ai besoin de recharger les batteries, de reprendre du poil de la bête… Besoin de récupérer, besoin de me reconstruire… et je suis assurément au meilleur endroit pour ça.

Il souffle une légère brise marine qui me renvoie un mélange d’odeurs d’iode, de figues sauvages et de grillades de la taverne du coin. L’énorme poulpe grillé au vin blanc, accompagné de gigantes et de bamiès, m’a bien rassasié. Des bruits étouffés me parviennent de toute part : le ressac des vagues, les stridulations ardentes des cigales, les cantiques d’un pope psalmodiant des prières, une radio laissée allumée qui distille du Nikos Papazoglou… Toutes ces complaintes, loin d’être discordantes, m’apaisent, me reposent, me bercent … m’emportent au loin… Mes yeux sont plongés dans l’immense golfe irisé qui me fait face mais mon esprit vagabonde encore dans les montagnes Zagariotes…

Depuis que la course est finie, des images dotées d’un réalisme troublant, m’assaillent … Je pressens qu’elles vont encore m’habiter pendant quelques temps encore. Peut-être même pour toujours tant ce que nous y avons vécu fut exceptionnel…

            zagoAMBIANCE 1

Le TERA est le format ULTRA (*) de la Zagori Mountain Running ; un trail qui se déroule depuis 8 ans dans les montagnes de l’Epire - Nord-Ouest de la Grèce - non loin de la frontière albanaise. L’ultra TERA est limité à 200 coureurs. 95% de Grecs et 5% d’étrangers, dont moi cette année, unique représentant de la France sur cette distance.

Coureur d’ultra depuis une dizaine d’années et inconditionnel absolu de la Grèce, je ne pouvais rater ce rendez-vous plus longtemps. Les mensurations du TERA ; 80 kms et 5 100 m de D+ ; ne m’inquiétaient pas outre mesure. A quelques mètres près, cela me rappelait le Tour des Glaciers de la Vanoise ou la Maxirace d’Annecy, courses que j’avais courues dans un passé proche avec plutôt  de bons ressentis. Mais ces comparaisons arithmétiques, toutes rassurantes fussent-elles, me faisaient oublier deux points essentiels. Le premier : que cet ultra se déroulait en Grèce… et, le second : qu’il s’appelait : TERA !... En grec, TERA est le diminutif de « térastio » : ÉNORME. Ces 2 points allaient grandement changer la donne…

JOUR J /  TSÉPÉLOVO ( ZAGORIA - ÉPIRE)

AVANT LE DEPART 1

Samedi 21 juillet, à 4h 30 du matin, les explosions d’un feu d’artifice illuminaient les ténèbres. Le départ était donné. À la lueur des frontales, nous quittions le village de Tsépélovo et nous nous dirigions vers l’Avalos, un premier haut col encore constellé de névés. Le long voyage commençait alors.

16 heures plus tard, je traversais le centre de ce même village sous les acclamations exaltées de centaines de personnes amassées sur la place pour fêter l’arrivée des coureurs un verre d’ouzo ou de Mythos à la main.

J’étais parvenu au bout. Au bout du voyage. J’étais fatigué. Fatigué mais heureux. Un proverbe grec dit « qu’il faut faire de chaque jour, un beau voyage »… Aujourd’hui, j’avais accompli un très long et très beau voyage !...

Un de ces voyages qui ne laisse pas les voyageurs indifférents, insensibles. Un voyage éprouvant avec - au propre comme au figuré - ses hauts et ses bas ; avec son lot d’exotisme, de dépaysement ; avec ses inévitables parenthèses philosophiques ; avec ses improbables rencontres que seuls les voyages au long cours savent improviser.

PREMIÈRE MOITIÉ DU PAROURS  /  TSÉPÉLOVO – MÉGALO PAPIGO

La première moitié du parcours – de Tsépélovo à Mégalo Papigo – possède un caractère montagnard très marqué. Le TERA se faufile dans de vrais paysages de montagne, paysages qui n’ont rien à envier à nos Alpes ou Pyrénées. Monotraces sinueux, sommets élevés, cols ventés, crêtes effilées, névés persistants, passages chaotiques avec leurs amoncellements de blocs, sentiers en balcon, gorges profondes, lacs, chamois, rapaces et… ours !... (***)

Des paysages qui vous subjuguent, vous exhortent à la contemplation tant ils sont imposants d’immensité, de verticalité et de beauté.

Dans l’ascension sévère de Davalistas nous conduisant au lac de Drakolimni, Pavlos – le Spartiate à côté de qui je marchais - ne cessait de s’émerveiller, de s’extasier avec ses « Oraia ta matia » (expression typiquement grecque, littéralement : « Magnifique pour les yeux ! »…)

1

C’est arrivé à ce Lac de Drakolimni que je réalisais vraiment que j’étais en train de courir en Grèce.  Que mon rêve était en train de s’exhausser. Que je devais en être pleinement conscient. Ce lac est magnifique, couleur émeraude, posé tel un rubis dans un écrin, face au sublime massif de l’Astrakan dont les cimes découpent l’horizon sur fond de ciel bleu électrique. Je m’attardais quelques secondes pour immortaliser ce moment au fin fond de ma mémoire et reprenais la course… le chronomètre tournait !…

          1ER COL AVALOS  AMBIANCE 2

La course s’est déroulée telle une odyssée homérique. Les Ulysses d’un jour que nous fûmes, déterminés à rentrer à bon port, affrontèrent épreuves sur épreuves ; des épreuves qui ont mis à mal les organismes et les esprits les plus fragiles.

En tout premier lieu, la chaleur. Une évidence !... Il fait très chaud l’été en Grèce, c’est bien connu !... Mais, là, c’est une véritable fournaise qui nous a écrasés. Entre 35 et 37 degrés par moment. Les passages en forêts, les pentes exposées et le fond des gorges étaient suffocants. Par moment, j’avais de sérieuses difficultés à respirer tant l’air me paraissait être épais comme du yaourt. Les cigales s’en donnaient à cœur joie. L’organisation, prévenante, avait multiplié les points d’eau, de sorte que personne ne soit démuni. J’ai bu plus de 12 litres d’eau dans la journée. Et transpiré tout autant…

Comme autres épreuves infligées par les Dieux de l’Olympe pour agrémenter notre voyage et tester notre ténacité, nous avons dû affronter les « pano /kato » (« montées/descentes ») s’enchainant à un rythme continu dans de sévères déclivités. Nous avons dû braver les mouches voraces du Tymphi. Il nous a fallu résister aux tentations du lac de Drakolimni nous encourageant à la baignade (certains coureurs ont craqué…). Il nous a fallu, au refuge EOS, résister à la tentation de ne pas nous arrêter définitivement tant la table du ravitaillement était approvisionnée de victuailles alléchantes…

         BALISAGE TERA  CHAPELLE GORGE VIKOS

Les ravitaillements grecs sont surprenants. Ici, pas de bananes, Tuc, raisins secs, oranges et autres tranches de saucisson,… mais des pommes de terre bouillies, des kritharaki (pâtes traditionnelles grecques), du miel local et des karpouzakia (morceaux de pastèque) à profusion… Disposés à plusieurs endroits, de grands bocaux remplis de sel fin dont les coureurs se délectaient comme si c’était du sucre. Côté boissons, l’eau minérale locale de Zagori fut largement plébiscitée.

C’est dans les environs du refuge de montagne EOS – Katafirio Astrakas – que nous avons retrouvé les coureurs du 44 kms (****) qui évoluaient, eux, en sens inverse de nous sur une distance de quelques kilomètres. Malgré l’étroitesse du monopati (« chemin »), les croisements se faisait dans un très bel esprit de camaraderie. Les « bravo ! », « kalo dromo ! » (bonne route !), « kali ipitihia ! » (bonne chance !), « andé couragio !» (allez, courage), « sévasmos !» (respect !) … fusaient de toute part….

Après une très longue descente « casse-pattes », la traversée du typique village de pierres de Mégalo Papigo annonçait le milieu du voyage.  

Mégalo Papigo est un vrai oasis. Les bénévoles, élevés à la filoxénia (hospitalité érigée, depuis des millénaires, en vertu suprême en Grèce) étaient chaleureux. Ils se précipitaient pour nous aider, pour remplir nos gourdes, nous asperger d’eau, nous proposer pâtes et autres agapes. C’est ici que nous attendaient les drop-bag. Tous les coureurs faisaient ainsi une grande pause récupératrice, s’alimentaient copieusement, changeaient leur vêtement, profitaient de la famille et des amis et famille venus les encourager.

C’est à Mégalo Papigo que je retrouvais Cathy – mon « assistance personnelle » – qui s’occupa de moi comme si j’étais classé dans le Top Ten. Je me restaurais de plusieurs bols de pâtes Melissa, d’énormes tranchasses de pastèques, j’enfilais une paire d’Injinji sèche et rechaussais mes Altra Olympus. Surtout ne pas succomber plus longtemps aux mélodieux chants des sirènes qui vous accapareraient ici toute la journée… Il était temps de reprendre la course… le chronomètre tournait toujours !...

          CHAMOIS GRECS 2  AMBIANCE 3  TROUPEAU TIMFY 2

SECONDE MOITIÉ DU PAROURS  /  MÉGALO PAPIGO - TSÉPÉLOVO

A la sortie de Mégalo Papigo, le chemin longe la chapelle du Profitis Illias, le saint protecteur des montagnards. Chaque Grec qui passait devant – qu’il soit coureur, bénévole ou accompagnateur – se signait 5 ou 6 fois d’affilé. C’est a se demander s’ils ne tirent pas leur force et leur combativité de leur foi inébranlable ?... (*****) .

Après une longue descente en lacets, le chemin remonte les gorges de Vikos, gorges les plus hautes du Monde (dixit Guiness Book Record).  Je me sentais plutôt en pleine forme. La grande pause de Mégalo Papigo m’avait bien requinqué.

Je courais alors en compagnie de Michaelis - un des nombreux sosies de Krupicka.

GORGES DU VIKOS

Au fond de la gorge, le sentier redevient plat. Il côtoie la rivière qui, l’été, est juste agrémentée de gros blocs rocailleux et de quelques vasques d’eau croupie. Avec Michaelis, n’échangeant que peu de mots, l’un entrainant l’autre, nous cavalions comme des lièvres, comme des anges ailés survolant le tracé sans effort. Comme si nous commencions à peine la course. Quel bonheur que d’arpenter ce chemin, tantôt à l’ombre, tantôt dans le brasier. Tantôt au paradis, tantôt aux enfers.

Mais, au bout de 5 kilomètres ainsi courus d’une foulée alerte, nous fûmes tous les deux frappés par un abattement aussi soudain que violent. Nous payions cash notre enthousiasme démesuré… Nous dûmes, la mort dans l’âme, ralentir l’allure puis marcher. Lentement. Très lentement.

Tandis que, à bout de souffle, je déplorais la situation, pleurnichant sur mon sort, maudissant mon ardeur irréfléchie et hypothéquant une suite des plus harassantes, Michaélis, lui, voyait les choses tout autrement.

ll me distilla alors des  paroles que je ne suis pas prêt d’oublier, des paroles dignes d’un moine bouddhiste vivant en ermite sur les hauts-plateaux himalayens… (Michaelis avait fait des études d’architecte à Paris et parlait remarquablement bien le français)

EX VOTO GREC

« Rien ne sert de se lamenter… Nous devons endurer !... De tout temps, le Grec endure ! C’est ça façon à lui de lutter contre les évènements, contre les éléments. Endurer, c’est combattre sans se battre. « Sans peur, ni espoir mais en totale liberté » comme le clamait Nikos Kazantzakis, l’écrivain crétois. Le Grec endure car il sait, par expérience, que les choses ; qu’elles soient mauvaises ou bonnes ; sont éphémères. Là, nous ressentons un petit coup de fatigue parce que nous avons dévalé le début de la gorge comme de fougueux kri-kri (chèvres sauvages) mais… dans quelques temps… la forme reviendra. Sois en certain !... La vie est ainsi faite !... Après une montée, si longue et raide soit-elle, il y aura toujours une descente ; après une sensation de soif, il y aura des pastèques pour se désaltérer ; après un tronçon couru en solitaire, tu rencontreras un concurrent qui deviendra vite un compagnon de route… Alors, dans les durs moments, réjouis toi car ces derniers sont en passe de se terminer bientôt… »

Tout en parlant, Michelis continuait de marcher et de sourire. Il semblait habité par une force mystique. Je me contentais de l’écouter, essayant de mémoriser ses paroles éclairées pour les tenter de les retranscrire plus tard.  Sa philosophie de l’impermanence était empreinte de sagesse et pleine de bon sens. Discrètement, j’ingurgitais tout de même deux barres BAOUW à la cerise car, sur le moment, je croyais plus en elles qu’en l’impermanence des choses ou en une quelconque intervention divine.

La suite du parcours donna raison à la sagesse grecque en général et à Michaelis en particulier (et surement aussi au pouvoir énergétique de mes barres…). Juste avant l’abrupte montée menant à Monodendri, je commençais à retrouver énergie et ferveur.  Michaelis, mon compagnon de fortune (et d’infortune), préfèra, lui, marquer une longue pause au pied de la grimpette avant de s’y engager. J’hésitais quelques secondes à rester avec lui, mais il était temps de reprendre la course… le chronomètre continuait, lui, à tourner !...

              GORGES VIKOS 1  

Après les villages de Monodendri, Vitsa et Dilofo, le chemin déboucha sur la vallée des ponts byzantins. De magnifiques ponts de pierres à arches – Capetan Arkoudas, Kokkori, Milos, Kipi – qui enjambent des ruisseaux asséchés, fiefs des gros lézards verts. Arrivé au village de Kipi, il ne restait plus qu’une dizaine de kilomètres à parcourir mais, à nouveau, j’accusais le coup. Plus de jus. Plus d’énergie. J’étais « péfénos » (« mort »). La montée sèche sur Kapetsovo s’annonçait des plus ardues.

             PONT DES ZAGORIA 3

J’étais alors rejoins par Anastasios. Lui aussi parlait très bien le français et ce avec un curieux accent chantant du Sud. Il m’apprit qu’il venait d’Athènes et, qu’en 2015, il était venu en France courir l’UTMB. Le hasard veut que j’ai moi aussi couru cette édition de l’UTMB. Nous tenions là un sujet de discussion intarissable… Sauf que, exténué, essoufflé, je n’arrivais pas à poursuivre la conversation avec lui. Je lui expliquais alors que, depuis Dilofo, j’étais épuisé et que, étant donné ma vitesse de marche déplorable, j’allais certainement mettre plusieurs heures pour faire les quelques kilomètres restants… Par fierté mal placée, j’accusais la canicule, mon âge avancé et l’abus de pastèques qui, réunis, alourdissaient chacun de mes pas.

Anastasios m’avoua que lui aussi était éreinté mais que cela ne l’affectait pas outre mesure, car, depuis le matin, il vivait une aventure exceptionnelle.

Puis il se lança dans une longue tirade que je m’efforçai de suivre non sans une certaine difficulté.

« Filé mou, si tu te projettes trop sur le temps que tu vas mettre pour atteindre la ligne d’arrivée, tu vas en oublier d’apprécier ta course à sa juste valeur et quel dommage ça serait alors !... Tu dois continuer avec le kéfi, filé mou ! Avec le sourire, avec la joie de vivre pour moteurs !...Nous les Grecs, nous détenons un secret : celui du bonheur… Tu veux le connaitre mon ami ?...

ENTRE OMBRE ET SOLEIL

Je l’ai alors regardé avec des yeux décontenancés, trahissant ma surprise et ma curiosité. Qui serait assez stupide pour ne pas vouloir connaitre un tel secret alors qu’il est la quête ultime de chacun d’entre nous ?… J’acquiesçais donc tout en me demandant quelles espèces de balivernes allait me débiter ce drôle de coureur qui glissait des « filé mou » («mon ami ») dans toutes ses phrases, alors que je ne le connaissais que depuis une poignée de minutes à peine. De toute façon, je n’avais rien à perde et vue ma vitesse de croisière j’avais tout le loisir de l’écouter.

 « Et bien, filé mou, saches que tu baigneras dans le bonheur quand le temps n’aura plus d’emprise sur toi !... Quand tu auras compris que c’est toi qui décide d’organiser ta vie, pas les calendriers, les agendas ou toutes ces choses censées être très urgentes à faire… C’est le diktat du temps hémophile qui nous stresse et nous empêche d’être vraiment heureux. Tu dois te dire, filé mou, que le temps n’a aucune importance !... Peu importe le temps que tu mettras pour finir ce Tera, peu importe l’heure où tu arriveras à Tsépélovo !… L’important, c’est que tu vives pleinement cette course. Avec enchantement et plénitude. Que tu captes chaque instant pour t’en rappeler à jamais ! Crois-moi, filé mou, heureux tu seras si tu parviens à t’affranchir de l’emprise du temps. Si tu fais en sorte que ce dernier soit élastique, étirable à l’infini. En Grèce, nous avons bien compris ça. Nous aussi, nous avons nos obligations, nos listes ininterrompues de besognes à entreprendre… mais, dans la journée, nous stoppons quand même le temps et sa course folle pour savourer la vie et ses petits bonheurs. Pour discuter avec des amis, boire un ellinikos au café du coin au milieu des anciens, faire une partie de tavli, lire deux ou trois poèmes de Ritsos, prendre un bain ou cueillir quelques figues fraiches et nous en délecter sur place, à l’ombre de l’arbre bienfaiteur… Contrairement à ce beaucoup pensent de nous, ce n’est pas de nonchalance ou de la paresse qui nous habitent mais une véritable philosophie de vie…

AVEC ANASTASIOS

Le temps, filé mou, c’est toi qui dois le dominer, pas le contraire. Pour cela, le secret, c’est de vivre l’instant présent.  Ne ressasses plus le passé avec son lot de regrets inutiles, ne te projette plus dans le futur avec tes doutes et tes espérances… Sois ici et maintenant – Ezo kai Tora disent les Grecs !... Cours en pleine conscience, immerges toi dans le TERA, imprègnes toi de chaque seconde, de chaque mètre parcouru, de chaque caillou bousculé. Fais que ta mémoire puisse se rassasier de tous ces bons instants, de toutes ces belles images, de toutes ces mémorables rencontres… Ces moments uniques ne seront pas, plus tard, de simples souvenirs de course mais ils feront partie intégrante de toi. Ils seront fixés dans ton ADN, dans tes globules, dans tes fibres, dans tes neurones… ils t’habiteront pour toujours. Quand le Tera sera fini, mon ami, il ne sera plus devant toi, ni derrière toi mais EN toi !...»

Les mots d’Anastasios m’avaient aussitôt ragaillardi. J’eus l’impression qu’en chaque coureur Grec sommeillait un philosophe tant leur vision de la vie était pleine de clarté et de sagesse. Fort de cette nouvelle leçon, j’emboitais le pas à Anastasios et finissais le parcours sans plus me soucier du temps que je mettrais, du classement, de la performance, des commentaires à venir… Je vivais ces derniers kilomètres avec une sensation de liberté, une sensation d’invulnérabilité, une sensation de bonheur jusqu’alors inégalées. Le chronomètre tournait toujours mais je n’en avais plus rien à faire…

              ARRIVEE  

 J’étais venu en Grèce courir un ultra et je revenais avec la recette du bonheur. Tout cela était encore un peu confus dans ma tête mais j’escomptais bien mettre ça en pratique dés mon retour en France.  Dans l’immédiat, il me restait 1 semaine à passer en Grèce ; une semaine pour récupérer ; une semaine pour choisir la destination de mon prochain voyage (******) ; une semaine pour ressembler à un Krupicka, une semaine pour arriver à prononcer « imé rarouménos » (« je suis heureux ! ») sans trop l’écorcher ; une semaine pour me comporter en Grec…

1 semaine c’était peu et beaucoup à la fois. 1 semaine, c’était jouable !…

 

(*) Le ZMR, c’est 4 formats de course : 80 kms, 44 kms, 20 kms et 10kms  + une épreuve pour les enfants, la ZAGORAKI.

(**) La marque LA SPORTIVA est très bien implantée en Grèce.

(***) Théodorakos Dimitrios (vainqueur du TERA en 2017 et 2018) a, alors qu’il s’entrainait il y a peu dans les parages, vu et a pu filmer une maman ours avec ses 2 oursons.

https://www.facebook.com/ZagoriRace/videos/1749543055160078/

(****) Gagné par le haut-savoyard Greg VOLLET en 4h18’.

(*****) 90% des Grecs sont de religion orthodoxe.

(******) La liste des ultras grecs est longue : Olympus Ultra Marathon, le Corfu Mountain Trail,  l’Ursa Trail de Metsovo…

 

Toutes les infos sur le ZMR sur :  https://zagorirace.gr/

Ainsi que sur la page Facebook : https://www.facebook.com/ZagoriRace/